Même s’il n’est pas dans nos habitudes d’utiliser cet espace de parole pour diffuser nos humeurs, il s’avère que la parole
est souvent libératoire. Nous sommes fatigués, vignerons bergeracois, d’être dénigrés, nous et nos vins par nos « voisins bordelais ». Vous me direz que le fait n’est
pas nouveau, certes !.... Mais, nous ne cessons d’entendre ou de lire des propos « infâmants » !!!!!!
Allons voir dans l’histoire ce qu’il en est de cette vieille querelle ...
Un petit coup d’œil au site de l’AOC Vins de Bergerac, permet de faire le point
sur l’historique de notre vignoble. Toujours est-il que, nombreuses sont les traces archéologiques qui permettent de témoigner de l’implantation du vignoble en Dordogne depuis l’époque gallo
romaine. Nous ne sommes peut-être pas le plus vieux vignoble du monde, de France ou d’Aquitaine mais, nous pouvons revendiquer, tout de même une certaine
antériorité !!!!
L’époque où l’Aquitaine est anglaise semble relativement profitable aux vins de Bergerac. Pas dès le début de la période ,
puisque « Dès 1254, Henri III roi d’Angleterre, à la demande des bourgeois de Bordeaux ordonne d'arrêter et de retenir tout ce qui viendrait de Bergerac, hommes, VINS, et autres
marchandises. »Mais, plus tard, « un vaste marché s’instaure au départ de Bordeaux à destination de l’Angleterre et de l’Europe du nord. Les vins de Bergerac ne sont pas touchés par le
privilège bordelais. Cette pratique bloque le port de Bordeaux aux vins de l’amont de la Garonne avant Noël, favorisant ainsi la vente du vin local. Le vin de Bergerac y échappe, étant vendu par
la Dordogne qui rejoint la Gironde en aval de Bordeaux. Au Moyen Âge, il fait partie des vins vendus par les négociants de Libourne. »
Si l’on regarde un peu plus en détail, nous pourrons constater que les Bordelais n’ont pas été les seuls à l’origine de mesure
« disqualifiantes » pour le vignoble. En effet, les pratiques de notre Vinée n’étaient pas non plus des plus équitables : « Dès le XIIIème siècle, Bergerac est un centre important de rassemblement et de commercialisation pour les vins de la région.
L’article 74 des statuts de la ville défend à toutes sortes de personnes de vendre du vin, du drap et du sel
dans l’intérieur de la ville, à moins d’avoir été reçu bourgeois. L’article 75 défend de faire entrer des
vins dans la ville s’ils n’ont été récoltés dans les vignes qui font partie de la Vinée. Dans un premier temps, cette Vinée s’étend sur la rive droite de la Dordogne et englobe sept paroisses
environnantes. Suite aux dégâts causés par la guerre de Cent Ans, les bourgeois de Bergerac s’approprient les vignobles situés au sud de la Dordogne. Par une transaction en date du
4 septembre 1495, le territoire de la Vinée est étendu à ces vignobles et couvre ainsi sept nouvelles
paroisses. »…….
Exit les vignobles éloignés de la ville : Montravel, Saussignac ….. et voilà comment le
vignoble de Pécharmant, puis celui de Monbazillac ont pu gagner leurs lettres de noblesse …..
« Heureusement » ( !), les guerres de religion et l’exil des Huguenots vers la Hollande, vont créer un
engouement pour les vins de Bergerac.et notamment les vins blancs. La demande devenant importante, les « petits » vins blancs des vignobles éloignés de Montravel et Saussignac
obtiennent reconnaissance. En 1532, François Rabelais, dans Pantagruel cite les douceurs suaves des vins de Saussignac.
Plus tard, la première classification des vins de « Bordeaux » accorde aux vignobles de
Bergerac une place non négligeable : « En 1816, le topographe A. Julien établit la première classification des vins en 5 classes.Les vins blancs de Bergerac figurent en deuxième classe,
immédiatement après les Sauternes et Barsac.
Les vins rouges de Bergerac figurent en
troisième classe au même niveau que Pauillac, Margaux, Saint-Estèphe et Saint-Julien. »
Le classement officiel de 1855 passe par là, et il ne va s’intéresser qu’aux vins de la rive gauche de la Garonne !!!!!
…parce que c’est la Chambre de Commerce de Bordeaux qui va effectuer ce classement sur la base de données « commerciales » essentiellement, l’historique des cotations étant le critère
principal. Il est bien évident que les vins de Bergerac ne peuvent être, ne serait- ce qu’évoqués dans ce classement, ceux de Saint Emilion n'y ayant même pas leur place !
« Mais en 1865, cette belle prospérité
allait être mise à mal par l’arrivée d’un véritable fléau : le phylloxéra vastatrix, un insecte importé avec des plants
américains. La destruction du vignoble se poursuivit jusqu’en 1890. En Dordogne, le vignoble passa de
10 7000 à 2 180
hectares. »
Nous avons reconstitué le vignoble depuis, puisqu’aujourd’hui, les appellations bergeracoises couvriraient plus de 12000
hectares. !
« Au XXe siècle, lors de la délimitation du vignoble de Bordeaux, les limites sont fixées à celles du département de la
Gironde. Les vins de Bergerac, longtemps vendus sous le nom générique Bordeaux doivent se créer du jour au lendemain une image. Le négoce de Libourne, traditionnel vendeur de ces vins écoule en
priorité les vins labellisés bordeaux, puis tentent ensuite de trouver des marchés pour leurs autres vins. »
Mais, plusieurs siècles plus tard, nous sommes toujours tributaires du négoce bordelais pour la commercialisation de nos
vins puisque plus de la moitié des vins de l’appellation transiterait par le négoce girondin ! Jacques Dupont, dans Le point de septembre 2010 « redémonte le mécanisme » de nos relations
avec les Bordelais et explique comment les privilèges ancestraux ont toujours une influence : « Le privilège existait depuis deux siècles : c'est beaucoup. Le temps suffisant. Bordeaux
a installé sa commercialisation et bâti sa réputation dans les pays qui comptent, les îles Britanniques, entre autres, qui demeurent aujourd'hui les meilleurs distributeurs de vins sur les autres
continents. Pour Bergerac, malgré l'excellence de certains sols viticoles, les carottes sont cuites. Il ne sera jamais l'égal du voisin, qui continue de
verrouiller ses frontières. »
Et voilà, comment en 2011, nous sommes toujours tributaires de faits datant de plusieurs siècles !.... et comment, il
est intéressant de voir que la notion de terroir peut devenir d’une futilité déconcertante …tout juste un gadget mis au service d’intérêts commerciaux !
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